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Juan Calvo Directeur de l'Alliance pour l'eau al  Ara Baléares à l'occasion de la Journée mondiale de la Terre

Près de deux ans se sont écoulés depuis l'adoption par l'Union européenne du règlement relatif à la restauration de la nature, après des mois de blocage par certains pays opposés à ce nouveau texte. Finalement, le 17 juin 2024, il a été adopté dans son intégralité. La Hongrie a changé d'avis au dernier moment, et l'adoption n'a été possible que grâce au vote positif du ministre autrichien, qui a même voté contre la position officielle de son gouvernement. Cette étape a été décisive pour faire progresser les politiques environnementales des États membres de l'UE. Face à une situation où les politiques de conservation de la nature ne suffisent plus à enrayer la dégradation de nos écosystèmes, ce règlement vise à restaurer au moins 20 % des zones terrestres et marines de l'UE d'ici 2030 et tous les écosystèmes qui en ont besoin d'ici 2050. Il le fait avec un champ d'application plus large que les directives européennes, telles que celles relatives à l'eau, aux habitats et aux oiseaux. Cela signifie que le règlement ne se contente pas de fixer des objectifs comme les directives, mais que tous les pays sont tenus d'appliquer l'intégralité de son contenu.

Sur la voie de la restauration de nos mers, forêts, espaces agricoles, aquatiques et urbains, l'année 2026 représente une étape cruciale. En effet, le règlement prévoit que les États membres doivent présenter un Plan national de restauration précisant les zones à restaurer, les mesures spécifiques à mettre en œuvre et un calendrier. Ce plan est actuellement élaboré par le ministère de la Transition écologique, en collaboration avec les communautés autonomes et les collectivités locales. Cette collaboration est essentielle car les administrations régionales et locales seront chargées de la mise en œuvre de la plupart des mesures approuvées. Aux Baléares, ce plan doit relever le défi majeur d'enrayer la forte pression humaine et la dégradation environnementale qui affectent nos îles. Il représente également une opportunité d'investir massivement dans la recherche, l'innovation et les actions d'amélioration de l'environnement, en tirant parti de la restauration de la nature comme levier de diversification économique pour sortir de la dépendance aux secteurs du bâtiment et du tourisme.

Il convient de souligner que sur nos îles, nous ne partons pas de zéro et que de nombreuses actions de restauration écologique ont déjà été menées ces dernières décennies. Nous sommes ainsi des pionniers en matière de restauration marine grâce aux travaux de recherche appliquée de l'Institut méditerranéen d'études avancées (Imedea). Cet institut a réalisé avec succès les premiers essais de restauration d'herbiers de posidonie afin de compenser la réduction de leur superficie due à l'impact des infrastructures marines et des activités nautiques. Il collabore actuellement avec l'Observatoire socio-environnemental de Minorque sur le projet européen ARTEMIS, qui prévoit la replantation de 1 600 m² de posidonie détruits lors de la construction de l'émissaire de l'usine de dessalement de Ciutadella. Du côté de la société civile, la Fondation Cleanwave, avec son projet MedGardens, mène également des actions de replantation de forêts de posidonie et d'algues à Portocolom, Sant Telm et Formentor. Par ailleurs, le projet européen AdaptCalaMillor est en cours de développement à Cala Millor ; il associe science et gouvernance pour établir un plan de démonstration d'adaptation au changement climatique. Face aux effets déjà tangibles de l'érosion côtière due à la montée du niveau de la mer, le gouvernement des îles Baléares pilote ce projet avec le soutien d'entités locales, de centres de recherche et d'hôteliers proposant des solutions fondées sur la nature.

Dans le domaine terrestre, la restauration des forêts est une tradition ancienne, menée en grande partie par l'Institut baléare de la nature (Ibanat), organisme du gouvernement des Baléares. Nous avons tous, à un moment ou un autre, été confrontés de près à un incendie, et nous pouvons nous féliciter de l'existence de cette institution publique qui œuvre à la prévention, à la gestion et à la réponse à ces catastrophes naturelles ou, malheureusement, parfois provoquées. Cette expérience sera fondamentale pour relever les défis du changement climatique, qui accroît ces risques naturels par des vagues de chaleur plus fréquentes et des vents extrêmes. La restauration de la faune et de la flore fait également partie de la régulation de la nature, et de nombreuses institutions publiques et privées y travaillent aux Baléares. On peut citer en exemple le rétablissement de la population de milans royaux à Majorque, qui, menacée d'extinction dans les années 1990, compte aujourd'hui plus de 400 individus hivernants, selon les recensements du gouvernement des Baléares.

Les zones humides constituent également un axe prioritaire des projets de restauration écologique. À Majorque, la collaboration entre le gouvernement, Endesa et le GOB a permis la création d'une nouvelle lagune dans le parc naturel de l'Albufera en 2019. À Ibiza, la municipalité a renaturalisé une partie de la zone humide des Feixes. Plus récemment, la municipalité d'Alcúdia, en partenariat avec l'organisation de conservation WWF et avec le soutien de l'Université des Îles Baléares, a lancé en 2023 le projet RestaurAlcúdia, un bel exemple de réhabilitation de la nature. L'Estany dels Ponts avait été en grande partie comblé par les cendres de la centrale thermique d'Alcanada pendant des décennies. Par la suite, le site est devenu une décharge à ciel ouvert, jusqu'à atteindre un niveau de dégradation très élevé. Ce projet, achevé en 2026, a permis d'enlever 351 tonnes de déchets, détritus et plantes invasives. Un ensemble de lagunes côtières a également été créé sur les 23 hectares de surface restaurée. De plus, ce projet s'est avéré un modèle de gouvernance, visant à obtenir un consensus social et politique pour garantir son succès. Autre point important : l'entreprise chargée des travaux d'amélioration environnementale est la même qui a construit les autoroutes controversées d'Ibiza. Ainsi, il a été démontré que la restauration de la nature est une voie possible pour diversifier l'économie et que les entreprises du BTP peuvent réorienter leur activité vers la régénération du territoire lorsque les investissements publics privilégient des actions plus durables.

Enfin, en agriculture, nous avons de nombreux exemples d'agriculteurs engagés dans une agriculture régénératrice et biologique, qui restaure nos sols et nos variétés locales. À Ibiza, l'association Vall de Rafal Trobat a réhabilité une zone rurale abandonnée grâce à des initiatives en matière d'agriculture biologique, de gestion forestière et d'amélioration de la qualité de l'eau. Certes, d'importants défis restent à relever dans d'autres domaines, comme la restauration des nappes phréatiques surexploitées, mais, globalement, nous pouvons affirmer disposer d'une expérience initiale positive pour accélérer et multiplier les actions de restauration de la nature sur nos îles. Par ailleurs, la taxe sur le tourisme durable pourrait financer ces actions et retrouver son objectif initial : corriger les excès de la construction et du tourisme. Comme toujours, tout cela doit se faire en stoppant le tourisme de masse et l'urbanisation, comme le stipule également la nouvelle réglementation. Ce 22 avril est la Journée mondiale de la Terre, une occasion idéale de rappeler que la nature est essentielle à notre survie. Restaurer la nature, c'est retrouver l'accès à une eau de qualité, garantir notre souveraineté alimentaire, réduire les risques d'incendies et d'inondations, et assurer la qualité de nos eaux côtières, parmi de nombreux autres avantages. On commence ?

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